Aux origines de la magie

Les plus anciennes traces connues d’une pensée magique sont les grottes ornées telles que celle de Lascaux. Le caractère magique de l’art pariétal fut suggéré pour la première fois en 1865 par l’anthropologue anglais Edward Tylor. Au début du XXème siècle, l’archéologue Henri Breuil considérait ces peintures comme des « chasses magiques » censées conférer du pouvoir sur le gibier. Comme elles étaient exécutées dans des lieux spéciaux, souvent difficiles d’accès, on peut supposer qu’elles étaient destinées à se connecter à un autre monde, secret, et seraient alors le signe d’un chamanisme primitif.


Les plus anciennes traces écrites d’incantations (mantra pour d’autres — vous choisissez le vocabulaire qui vous plaît) et de sorts datent des Sumériens – l’une des civilisations qui vivaient en Mésopotamie (actuel Irak) aux IVème et Vème siècles av. JC. Ils avaient développé l’un des tout premiers systèmes d’écriture et, vers 2600 av. JC, ils commencèrent à consigner des formules magiques. Il existait apparemment à Sumer une magie blanche et une magie noire, mais il semble que les textes qui ont subsisté étaient approuvés par le clergé. La culture sumérienne irrigua celles des Akkadiens, des Babyloniens et des Assyriens qui lui succédèrent. Les incantations babyloniennes écrites à partir de 1900 av JC sont plus cohérentes que les précédentes.

L’univers des Babyloniens était empli d’esprits et de démons qui menaçaient sans cesse l’existence des êtres humains. Ce peuple croyait notamment que les maladies étaient causées par les démons ; par exemple, la démone Lamashtu s’en prenait aux femmes enceintes et aux nourrissons. Il opposait à ces créatures de longues et complexes incantations implorant l’aide des dieux. On a retrouvé des amulettes de Lamashtu qui laissent penser qu’on tentait de la repousser en utilisant sa propre image. Le pire ennemi de Lamashtu était le démon Pazuzu qui est également représenté sur de nombreuses figurines apotropaïques (destinées à détourner les maléfices).

La vie en Mésopotamie était aussi marquée par la crainte constante de la sorcellerie. L’un des rituels protecteurs les mieux connus de l’époque est consigné dans un ensemble de textes akkadiens intitulé Maqlû (« Brûlant »). Un autre texte akkadien censé contrecarrer les sorts est Surpu (que l’on peut également traduire par « Brûlant »). L’astrologie naquit en Mésopotamie au II millénaire av JC. Les Babyloniens étaient très superstitieux, toujours à l’affût de présages. Curieusement, le simple fait d’être témoin d’un présage (animaux qui apparaissaient dans la cité, statues qui bougeaient…) suffisait à porter malheur.

Les savoirs magiques des Babyloniens —dont l’astrologie et l’astronomie — furent transmis aux peuples d’Égypte. Ces derniers intégrèrent alors dans leurs rites des pratiques divinatoires, basées entre autres sur l’observation des planètes. Pour les Égyptiens, le monde n’était seulement empli de magie, mais tout entier créé par une force magique appelée heka que chaque être vivant possédait en lui.

Dans l’Égypte antique, la magie était dirigée par les prêtres, qui portaient souvent une baguette de métal et d’ivoire (au fil du temps, la magie devint l’apanage d’officiants spéciaux nommés hekau). Ils lançaient les sorts à l’aube, au soleil levant. L’écriture étant l’exclusivité des classes dirigeantes, tout comme en Mésopotamie, les sorts écrits restaient impénétrables par la majorité de la population.

Une source d’informations sur la magie dans l’Égypte antique est le papyrus Westcar, qui date d’entre les XVIème et XXème siècles av JC. Conservé aujourd’hui au Musée égyptien de Berlin, il rassemble plusieurs contes narrés au roi Khéops pour le divertir. L’un des textes parle du magicien Djédi, capable de rattacher la tête tranchée d’un animal. Les spécialistes ne savent pas précisément s’il s’agit d’un conte ou du récit d’un spectacle de prestidigitation offert au pharaon.

Pour les anciens Égyptiens, toute connaissance venait de Thot, le dieu de la Magie, de la Science, de l’Écriture et des Mathématiques — autant de disciplines qui, de ce fait, étaient étroitement liées. La légende veut que le savoir attribué au dieu était réuni dans un livre enterré sous le Nil et protégé par un sort.

L’Égypte fut finalement conquise par Alexandre le Grand. Si cette conquête mit fin à une civilisation remarquable, elle s’accompagna de l’émergence d’une forme syncrétique de pensée et de religion, qui s’avérera extrêmement importante pour le futur développement de la magie. A l’époque de l’Égypte hellénistique (IVème au Ie siècle av JC), Thot fut amalgamé au dieu grec Hermès ; Khmun, la ville précédemment dédiée à Thot, fut renommée Hermopolis Magna. Néanmoins, les papyrus hermétiques de premier plan — dont les Hermetica — datent de beaucoup plus tard, à savoir d’entre les II et IVème siècles.

Alors qu’auparavant la plupart des religions étaient panthéistes, la naissance du judaïsme marqua le début de la prédominance à la pensée monothéiste. Il en résulta de nouveaux défi pour ceux qui avaient une vision magique de l’univers. L’une des plus anciennes mentions de la magie dans la Bible se trouve dans l’Exode 7, quand Aaron se confronte aux magiciens égyptiens (*48). La majorité des premières allusions à la magie font état de sa prohibition, comme dans l’Exode 22,18 (« Une magicienne, tu ne la laisseras pas vivre ») et le Deutéronome 18,10-11 : ” Il ne se trouvera chez toi personne pour faire passer par le feu son fils ou sa fille, interroger les oracles, pratiquer l’incantation, la magie, les enchantements et les charmes, recourir à la divination ou consulter les morts.”

En fait, la nécromancie apparaît très tôt dans la Bible, dans Samuel 1. Saül, qui cherchait un conseil pour défaire les Philistins, en appela à Dieu mais ne reçut pas de réponse, ni en rêve ni par le truchement de l’urim et thummin (*50). Il demanda alors à ses serviteurs de trouver un médium, et ils lui indiquèrent la sorcière d’Endor (aussi nommée la « pythonisse d’Endor »). Cette dernière convoqua l’esprit du défunt prophète Samuel. Ici, la magie est utilisée comme un biais qui outrepasse les moyens orthodoxes de communication avec Dieu. Le fantôme de Samuel reprocha à Saül de l’avoir dérangé et lui prédit, en punition divine, sa déchéance. Et c’est ce qu’il advint : le lendemain, l’armée des Israélites prit la fuite face aux Philistins, et Saül se donna la mort.

La sorcière biblique d’Endor, assise sur son trône de chouettes et entourée de créature infernales. Elle reçoit la visite de Saül qui veut parler avec le défunt prophète Samuel.


Il semble que la magie nous ai toujours accompagné et nous cherchons à la re-découvrir. 

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